Home / Actualite SBA / Il y a 15 ans nous quittait Cheikh M’qalech, « l’artiste des pauvres »…Par M.Mir

Il y a 15 ans nous quittait Cheikh M’qalech, « l’artiste des pauvres »…Par M.Mir

Il y a quinze ans nous quittait à jamais Cheikh M’qalech. Dans la soirée de jeudi, certains de ses proches compagnons témoins actifs de ses mémorables « ganas » du ‘carré de Grenache’ de Sidi Djillali, ont tenu,  à se rappeler au bon vieux souvenir de celui qu’on appelait affectueusement « l’artiste des pauvres » et qui a marqué, par son style de musique particulier et ses paroles tourmentées, deux générations de chanteurs raï de la ville de Sidi Bel-Abbès et alentours.

La rencontre convenue dans un café du vieux faubourg du cheikh disparu a permis à ses anciens amis d’évoquer la possibilité matérielle de produire une compile des anciens morceaux du cheikh à partir des enregistrements réalisés en  live ou en studio dont se trouveraient en possession certains de ses fans ou autres artistes et disquaires de la région. Des noms précis, tels Zelmat et Cheb Mimoun, son neveu et continuateur dans le style, ont été évoqués pour apporter leur concours à leur récupération éventuelle.

MaisQui  est cheikh M’qalech ?

De son vrai nom Bouchrit Abdelkader, cet écorché vif de la chanson old raï dont la trajectoire musicale et  humaine était faite d’occasions manquées, est né en 1931 à Ouled Ali, une localité excentrée de la commune de Makedra, où il a passé sa première enfance avant de « descendre » à Sidi Bel-Abbès en compagnie de toute sa famille qui venait d’être dépossédée d’une parcelle de culture de six hectares par arrêté de la municipalité coloniale de l’époque. Il vivra ce dur épisode comme une véritable déchirure, un arrachement à la terre matricielle qui lui inspirera un grand nombre de ses chansons futures, entre autres « Ouallah yal m’dina ma n’houad lik… »

Les Bouchrit vont se fixer d’abord à Bario Alto, vieille citadelle de la rive gauche de la Mékerra, où le petit gavroche commença, sous la direction de Cheikh Breik el gourari, par plaquer ses premières notes de musique sur un banjo de fortune rafistolé à l’aide d’un phare usager et de menus accessoires récupérés d’un camion de transport de troupes américaines de passage à Sidi Bel-Abbès vers la fin de la deuxième guerre mondiale. Mais ce sont les années 50 et 60 qui vont marquer ses vrais débuts artistiques avec un répertoire très varié de plus de 56 chansons et de compositions instrumentales dont certaines seront reprises, avec une égale réussite, par de jeunes interprètes de la ville, comme Cheb Slimane Bouden et surtout son neveu cheb Mimoun, qui se révèlera par la suite, avec cheikh Naâm, cheb Yacine et Mohamed El Abbassi, comme l’un des authentiques représentants de la chanson raï en La majeur typiquement bel-Abbésienne.

Après une première période d’activité en solo, durant laquelle il sera souvent appelé à chanter dans les mariages des familles pauvres et les traditionnelles « taguesrate » des éternels laissés-pour-compte de la périphérie urbaine, il se décidera à intégrer des troupes de variétés musicales mieux structurées, notamment celles d’ « El Amal » de Ghaouti Amir et d' »El Afrah » du regretté Ahmed Benaricha. En plus de son récital de chansons qu’il assure en alternance avec un autre maître du genre, en l’occurrence Kadri D’ziri, père de la mythique Zina de Raina rai, cheikh M’qalech se fera remarqué également sur les tréteaux, en intermède des spectacles, avec des monologues hilarants où s’entremêlent le trivial et le tragique des situations. L’expérience du travail en groupe, avec un orchestre tiré aux quatre épingles, finira par le refroidir pour se résoudre, une seconde fois, à tenter l’aventure en solo avec l’aide de ses fidèles « Gnadiz » de Sidi Djillali pour les percussions et l’accompagnement instrumental. Quelques mois avant sa mort, en prévision de sa participation à un programme de spectacles en France, la « guemna » des anciens donne, à Khayi M’qalech, la force de revenir au bord du lac de Sidi Mhamed Benali et reprendre de ses meilleurs textes de raï hard arrachés aux derniers contreforts de la mémoire :  » Khalouni nebki a’la rayi, Ya mali mali mal wach issaberni, Ya taleb ardja n’salek, Labnat labnat libiya, Sem’ouli ya khwani… » Notre regretté confrère de la chaîne 3, Hamid Kechad, et une jeune caméraman émigrée qui filmait la scène pour le compte du commissariat de l’année de l’Algérie en France tombent sous le charme du maître du raï bel-abbésien, habillé, pour la circonstance, d’un magnifique costume blanc qui lui donnait l’air d’un chanteur débarqué, là, par hasard, de la lointaine Louisiane.

Depuis, il ne cessera de lutter contre une méchante maladie pour tenter de se mettre d’aplomb et être au rendez-vous de l’année de l’Algérie en France qu’il appelait de tous ses vœux. Rien n’y fit. Le mektoub et les vents contraires du destin en ont décideront autrement pour l’artiste des pauvres. Le 14 décembre 2002, « la rodeuse » surprendra l’authentique enfant du plat pays, chez lui, entouré des membres de sa famille et de quelques proches compagnons des mémorables « ganas » de Bario alto et de Sidi Djillali.

Ce mois de décembre 2017, la pinède de Sidi M’Hamed Benali languit toujours de l’absence de « l’homme à la guitare sèche et à la caisse de rétameur en bandoulière en train de faire des mamours à une mécanique insensible… »

Hadj Bel-Abbès Benkredda, El 3oumda de notre ancien plateau solaire, Abbes, le poète écorché vif, gardien du dernier « carré de Grenache », ne sont plus là, eux aussi, pour nous raconter la suite de l’histoire.

vidéo : https://youtu.be/VnQDBHI39hg

About Hachemi Lahcene

Check Also

ADE DE SIDI BEL ABBES : 90 milliards de créances impayées

Selon des sources dignes de foi, l’Algérienne des Eaux de la wilaya de Sidi Bel …

One comment

  1. SVP Vous prie bien vouloir préciser que l’auteur de l’article « évocation » sur cheikh M’qalech est son ami le journaliste MIR Mohamed. Merci pour le partage. Sentiments distingués. Votre confrère Mir Mohamed.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Facebook Auto Publish Powered By : XYZScripts.com